Instance collégiale DH : Avec les choix de l’Etat, plus rien n’a de sens !

Publié le : 21 janvier 2021
Profil :  DH

La première instance collégiale DH de l’année est venue percuter de plein fouet les quelques espoirs qu’il restait encore aux directeurs d’hôpital dans l’engagement de l’Etat à faire que cette instance, qui a fait disparaître la gestion paritaire des nominations aux chefferies d’établissement, se déroule quand même dans des conditions de respect des professionnels et des procédures..

Déjà, la mise en œuvre du décret relatif aux emplois supérieurs avait fait naître des craintes, que les lignes directrices de gestion auraient pu dissiper mais que la pratique a fait clairement ressurgir lors de l’instance collégiale du 19 janvier.

Un dévoiement en 3 actes :

1) Un affranchissement clair des procédures en amont de la mise en place de l’IC suscité par la tentative de régionalisation des procédures

Déjà lors des 2 derniers comités de sélection, en juin dernier, le CNG a accepté de donner suite aux injonctions régionales pour le pilotage et l’aboutissement des chefferies proposées :

  • Sur un établissement du nord de la France par un amoindrissement organisé des candidatures avec une accélération de la publication, au sortir du confinement ;
  • Sur un autre poste de groupe 1 par l’écrasement de la concurrence dès le niveau de la short list

2) Une mise en jambe à contre-courant du respect des procédures dès le mois de septembre

La première instance collégiale a traité de la parution d’un poste rendue obligatoire après un invraisemblable imbroglio autour de la nomination précipitée sur place du collègue en charge de l’intérim et ayant induit un retrait de l’arrêté de nomination non conforme.

Peu importe que cette procédure ait finalement permis de valider la nomination d’un professionnel de valeur sur lequel aucun doute ne planait en termes d’adaptation à la fonction déjà exercée depuis de longs mois. Le souhait de passer en force et sans concertation, puisque les représentants du personnel n’ont découvert que par hasard cette situation, constituait déjà une tentative de faire fi des règles édictées avec eux.

3) Nous voici rendus à l’affranchissement définitif de tout critère de sélection

La mise en place de règles,  pourtant âprement négociées, et érigées au rang de lignes directrices de gestion  a été totalement bafouée par la demande d’inscription en short-list dans sa région d’exercice d’un collègue sur emploi fonctionnel en ARS, donc exerçant bien une mission de « tutelle et de contrôle » comme le décrit le critère qui aurait dû l’en exclure.

C’est une offense de plus tant pour les représentants syndicaux que pour les directeurs, gestionnaires d’une crise devenue quotidienne et comme lâchés en rase campagne par une tutelle aux abonnés absents.

L’ensemble des membres de l’instance collégiale s’est exprimé mais le processus de vote sans les organisations syndicales ni la FHF n’a pas arrêté la validation inacceptable de cette inscription.

Pourquoi est-ce grave ?
                   

Parce que le critère d’exclusion pendant 3 ans après avoir quitté un poste en tutelle garantit une équité d’accès à la compétition pour les plus hauts emplois dont la direction générale d’une ARS est « l’autorité de recrutement » selon de décret relatif aux « emplois supérieurs ». D’autres collègues en ARS l’ont bien compris et accepté.

Parce que si le SMPS a toujours été favorable à l’appréciation au cas par cas des situations, sans anathème, il ne peut accepter que la situation de désarroi rencontrée par les collègues devant la raréfaction des postes de chefferies d’établissement et le durcissement des règles de mobilité soit supplantée par le souhait de quelques-uns de faire valoir de fausses spécificités et permette de s’affranchir de ces mêmes règles de mobilité.

Curieusement d’ailleurs, le CNG n’a pas eu le même raisonnement favorable à la candidature d’un collègue sur cette même short-list, qui ne correspondait pas au critère de durée dans l’emploi fonctionnel qu’il occupe pour postuler sur un autre, alors même que c’est l’absence de reclassement de son hôpital en groupe 1 par l’Etat qui l’a privé de ces années manquantes !

Deux poids, deux mesures, un entêtement à accepter le dévoiement organisé d’une instance jeune et dont le SMPS a très tôt annoncé les dérives possibles…

Voilà de bien mauvaises conditions de baptême pour ce processus, voilà encore la confiance des directeurs mise à mal dans les valeurs qu’on leur demande de porter.

Reste cette insupportable discordance entre les discours et la réalité, qui jette l’opprobre sur une instance encore en quête de légitimité auprès de collègues à l’affût de la moindre éclaircie dans le brouillard de l’épidémie.

A l’amertume déjà existante que les Accords de Ségur et son semblant de reconnaissance n’ont pas su/pu dissiper, viendra répondre la colère de ceux dont les perspectives d’évolution s’amenuisent au fil du temps.

Dommage enfin que « le désir de verte campagne » mentionné par de nombreux analystes à l’issue de la première vague et du confinement, ne trouve qu’une traduction limitée dans la réalité, en témoigne le faible nombre de candidats pour Ussel ou Millau.
Dans une France de plus en plus semblable à un « archipel », s’engager pour l’hôpital public a plus que jamais un sens, celui des territoires et non le repli sur un fief…ou ce qu’il en reste.