COMITE CONSULTATIF NATIONAL du 15 octobre 2019

Publié le : 21 octobre 2019
Profils :  DH, D3S, DS

Il n’aura échappé à personne que l’hôpital public est en crise et en souffrance.
Dans tous les journaux y compris les magazines féminins ou les hebdos télé, cette crise est plus que partagée avec nos concitoyens.
Avec plus ou moins de justesse, si l’on songe par exemple que la fameuse carte de France des services d’urgence en grève comporte de nombreux services sortis de conflits depuis bien longtemps ou si l’on y donne à voir, comme dans tous les conflits hospitaliers, sans doute beaucoup de l’organisation ou des difficultés de la seule AP-HP, pas toujours heureusement transposées ailleurs.
Mais au-delà de ces ajustements statistiques ou géographiques, il est un fait indéniable qu’un profond état de souffrance et d’interrogation étreint un système unanimement décrit comme étant à bout de souffle.
Alors, qu’avons-nous à faire ce matin dans cette instance pour apporter notre pierre à l’édifice de la résolution ?
Tout d’abord être à notre tour réaliste et juste.
Les professionnels le disent et l’écrivent à longueur de tweet et d’articles : l’hôpital public n’attire plus.
Ce sujet de l’attractivité touche tous les profils, tous les métiers, y compris les nôtres. Ne donner aucun écho à ce constat est délétère d’un point de vue macro et déjà invivable sur le terrain quand des plateaux de kinésithérapie fonctionnent à peine avec des STAPS, quand on ne trouve plus d’IBODE, de nutritionniste ou de pédo-psychiatre, de cadre aguerri ou de directeur des soins.
Il faut donc créer les conditions nécessaires pour renverser cet état de fait.
Las ! Même si le PLFSS 2020 comporte un taux d’évolution largement positif, chacun sait qu’il est insuffisant. Il est aussi indigeste pour les hospitaliers puisqu’il s’accompagne d’un énième plan d’économies en total décalage avec la réalité des établissements. Et qu’il ne comporte pas d’ouverture sur les rémunérations.
Il est aussi inaudible si on veut considérer la déjà large contribution des équipes à l’effort national. A commencer par les directeurs qui, non seulement, chaque année, redoublent d’action pour s’approcher de l’attendu sans compromettre l’équilibre social de leurs établissements, et sont douloureusement évalués pour cela mais encore, faut-il le rappeler, ont déjà subi des coupes
sombres dans leurs effectifs ces dernières années, comme sans doute peu d’autres corps de la FP l’ont subi.
Toujours au chapitre des déceptions sur le plan de la mécanique financière, on peut citer aussi l’outil IFAQ où incitation financière à la qualité, préfigurateur du financement à la qualité, qui selon les dernières évolutions semblent, de par sa complexité et sa logique, favoriser les structures mono disciplinaires et de petite taille, ce qui signifie…tout sauf l’hôpital public et ses GHT ! Quelle aubaine !
Venons sur la question des GHT.
Cet après-midi se déroulera un nouveau comité de suivi qui, sans doute, continuera de ne pas traiter les questions de fond qui touchent :
– à la possibilité de retoucher des périmètres taillés à la hache pour certains et qui ne font que paupériser l’offre de soins publique en l’obligeant à se recroqueviller sur elle-même, alors que l’agilité et la reconstruction animent nos collègues du secteur privé
– à l’évaluation du service rendu à la population (le prochain appel à projet y vient timidement)avec la mise en place des GHT
– à la capacité de rendre incitative et non pas punitive la mise en place de pôles territoriaux (cf l’impasse pour des services d’urgences voisins dont certains exsangues mais dans l’incapacité de convaincre les praticiens d’exercer sur plusieurs sites dans un contexte de pénibilité inégale)
– à la faiblesse des accompagnements financiers notamment du déploiement des systèmes d’information convergents (pourtant obligatoire de par la loi !)
On préfèrera sans doute, encore une fois, laisser s’exprimer les plus enclins à sacrifier l’équilibre de la gouvernance sur l’autel du fiasco du modèle territorial et financier que chacun décrit, pour qu’ils s’en prennent à la soi disant sotte administration et à ses supposés inopérants directeurs.
Et il se dit que tout cela pourrait déboucher sur une refonte de la dite gouvernance afin d’écarter les directeurs de son pilotage, supposé unilatéral, là où il est en réalité bien multi-céphale depuis bien longtemps. Mais aussi profondément déséquilibré dans les conséquences des décisions qui peuvent être prises dans un hôpital. Car il faut se souvenir, que, comme disait quelqu’un récemment, les victoires sont collectives et les défaites solitaires. Et que cette solitude, à ce jour c’est bien celle des directeurs qui endossent seuls la responsabilité administrative, pénale, financière, juridique, économique. Celle qui les conduit en administration provisoire ou recherche d’affectation.
En ce sens, doit-on rappeler qu’il n’est pas question de ne pas amplifier une gouvernance médico-administrative qui a une belle ancienneté derrière elle mais au contraire de raison garder en essayant
de trouver une évolution profitable à toute l’organisation hospitalière plutôt que de satisfaire une nouvelle tentative de désigner les directeurs boucs émissaires et victimes expiatoires d’un pré-chaos contre lequel ils restent encore le dernier rempart.
C’est la raison pour laquelle les sujets qui font le calendrier d’action du CCN peuvent paraitre bien anachroniques .
Reprendre langue sur la question du télétravail alors que c’est bien l’immédiate proximité des cadres et directeurs qui sert à rassurer les équipes et à leur donner le sens de leur action,
Tenter depuis si longtemps de rendre concret le dispositif bien trop formel de prévention des RPS sans médecine du travail dédiée, dans un contexte où c’est surtout la mobilisation de toutes les composantes de l’Etat auprès des établissements en difficultés qui devrait être la priorité.
Se pencher inlassablement sur les précieuses données statistiques qui concernent les 3 corps de direction et se rendre compte que cette semaine encore elles ne sont pas diffusées au Conseil Commun de la Fonction publique de manière exacte et complète. Et alors même que l’on nous dit que plus aucune avancée statutaire pour les corps de direction de la FPH ne pourra plus avoir lieu sans validation, nous le savons bien, du guichet unique.
N’en jetez plus, petit, moyen ou grand sujet, il est désormais difficile aux directeurs de trouver des motifs de réassurance, dans un contexte où de toutes façons, l’agonie du paritarisme décrété par la loi de transformation de la fonction publique ne vient pas égayer les esprits.
Le SMPS reste persuadé que c’est l’énergie déployée par les directeurs dans leurs établissements, en proximité et sans dogmatisme et au bénéfice de tous les métiers qui nous prémunira d’un décrochage définitif de l’hôpital public. Encore faut-il que cet engagement soit regardé à sa juste valeur par l’Etat pour qu’il puisse être contagieux et faire disparaître la désespérance de nos équipes.
Sans cela il sera bien vite trop tard.