CCN du 17 novembre : Avancer à marche forcée ?

Publié le : 17 novembre 2020
Profils :  DH, D3S, DS

Nous voilà ce matin réunis en CCN, ultime survivance du dialogue social avec les corps de direction de la FPH.

Nous voilà réunis pour une fois de plus constater l’absence d’écoute sur nos sujets, l’absence de compréhension des spécificités de nos métiers, l’absence de reconnaissance de notre engagement.

Ce travail sur les LDG tourne à l’aigre pour les directeurs.

Au-delà de l’aspect fastidieux de travaux dont beaucoup se passeraient en cette période de crise sanitaire, nous nous demandons chaque jour plus encore « à quoi bon ? »

A quoi bon redire combien l’Etat est à côté de sa mission lorsqu’il impose des conditions de début de carrière plus difficiles aux directeurs d’hôpital dont il restreint aussi les mobilités avec la mise en place du décret emplois supérieurs et avec demain la mise en place de directions communes systématique.

Plus grave, dans deux jours, nous nous retrouverons en CA du CNG pour évoquer les moyens, les ambitions, de l’opérateur de gestion des corps de direction.

Comment alors parler de « parcours », « d’accompagnement », de « suivi des hauts potentiels » alors qu’on achoppe déjà sur les 6 premières années de la carrière ??
Quelle impasse ? qui a dit imposture ?

Tandis que nous nous rapprocherons lentement mais sûrement du pic de l’épidémie, les pouvoirs publics, n’ont rien trouvé, en remerciement à l’engagement sans faille des directeurs, que de restreindre donc leurs perspectives de carrière.

Si pour les corps de D3S et de DS, les critères d’accès à la hors classe sont réaffirmés et modifiés seulement à la marge, pour les DH c’est un durcissement qui se profile !

La première instance collégiale DH qui s’est tenue le 4 novembre 2020, nous a d’ailleurs donné à voir les limites de critères séduisants sur le papier, mais parfois inopérants dans la réalité.

Une phase d’expérimentation semble donc indispensable pour éviter ces écueils. La proposition faite par la Directrice générale du CNG de procéder à une revue annuelle des LDG nous semble, de ce point, incontournable pour garantir leur bonne application et surtout leur bonne compréhension par tous.

Pour en revenir à  l’accès à la hors-classe des DH, nous étions certes prévenus.

Le décret du 3 mai 2018 était clair, à compter de l’année 2021, un ratio promus/promouvables allait être mis en place…Si nous nous étions préparés et avions averti nos mandants de ces changements à venir, l’impréparation du dossier qui nous a été donnée à voir nous laisse perplexes.

Ce point nodal de la carrière des DH ne peut donner lieu à la diffusion d’informations parcellaires et à des négociations approximatives. L’enjeu est bien trop grave pour nos carrières d’une part et l’attractivité de notre profession d’autre part.

Même le journal Le Monde s’en inquiète en publiant ce que l’on peut appeler « la grande enquête du dédain » des jeunes pour la fonction publique.

Quant au signal…Encore une fois, la DGAFP fait montre d’un grand sens des priorités et du calendrier !

Le SMPS a toujours plaidé pour un rapprochement avec les fonctions publiques d’Etat et territoriale, mais à condition qu’il ne se fasse pas au détriment de nos acquis et de l’avenir de nos plus jeunes collègues.

A l’heure où la Ministre de la Transformation et de la Fonction Publiques n’a cesse de plaider pour diversifier la fonction publique, il semble utile de lui rappeler qu’il faut aussi garantir des débouchés à ceux déjà en poste !
Comment en effet donner envie de rejoindre nos rangs, si les perspectives de carrière ne cessent de s’amenuiser ?

Les D3S et les DS ne sont pas en reste et le Ministère reste sourd et/ou muet face à nos demandes. Comment encourager les directeurs de soins, en 1ère ligne de la gestion de crise alors que le calendrier proposé pour la revalorisation de la grille est tardif, pour ne pas dire, à la limite de l’indécence ?

Comment susciter des vocations de D3S, quand leur statut ne bénéficie de la reconnaissance que la création de la 5ème branche aurait dû leur apporter ? Il leur faut en parallèle affronter le mécontentent (justifié) des personnels exclus du CTI !

Jusqu’où faudra-t-il aller pour qu’enfin nos métiers soient reconnus dans leur diversité et cessent d’être stigmatisés ? Cette atmosphère délétère pour les corps de direction ne peut plus durer !

Qu’avons-nous fait ? Nous nous sommes simplement donnés la peine (et c’est bien peu de le dire) de nous engager pour ce que nous croyons être encore un idéal : le service public hospitalier.

La lassitude finira pour nous gagner. Il n’y a qu’à lire la proposition de loi portée par la députée Stéphanie RIST.
Adoptée en l’état, elle réduira drastiquement les mouvements, comment dès lors envisager une mobilité dans une autre fonction publique, si l’Etat n’est plus en capacité de nous le permettre au sein de notre propre fonction publique ?

Adoptée en l’état, elle contribuera à abaisser encore le nombre d’emplois fonctionnels.

Adoptée en l’état, elle ne sera que la manifestation d’un mépris ressenti depuis trop longtemps par des corps de direction, qui n’ont jamais reculé et appliqué des réformes et recettes miracles qui leur reviennent en boomerang aujourd’hui.
Certes, la carte hospitalière ne peut rester « au milieu du gué », mais reléguer encore les directeurs à la périphérie ne permettra de ré-instaurer un climat de confiance, pourtant essentiel à la gestion de crise aujourd’hui et à la reprise d’activité demain.

Faire confiance aux directeurs, c’est certes leur donner les moyens d’agir, mais aussi c’est les reconnaître à leur juste valeur!
Mais au-delà, et sans verser dans la facilité d’un discours simple voire simplificateur, la confiance à l’hôpital ne renaîtra pas de quelques dispositions inscrites dans le marbre de la loi.

La confiance ne se décrète pas, elle se conquière et suppose de redonner aux directeurs de réelles marges de manœuvre sans quoi la simplification restera dans le domaine de la bonne intention.

Hier soir le Premier Ministre au chevet d’une équipe de réanimation, reconnaissait que les cadres avaient été les oubliés du Ségur. Il a raison. Les directeurs ne sont pas oubliés mais tenus pour quantité négligeable de bien des strates de l’Etat.

Nous ne l’accepterons plus.