CAPN DH du 16 décembre : ce qu’il reste du dialogue social

Publié le : 16 décembre 2020
Profil :  DH

Cette dernière CAPN de l’année, constituait traditionnellement un « rituel de passage » puisqu’elle était plus particulièrement consacrée à la titularisation des élèves sortants de l’EHESP.  Mais en 2020, il n’en est rien.

Tout est décidément bouleversé cette année par les effets de la loi portant transformation de la fonction publique qui dénature profondément les outils et la forme du dialogue social entre l’Etat et les directeurs de la FPH.

Et encore, les directeurs d’hôpital peuvent se réjouir de voir leur CAPN maintenue contrairement à celle des directeurs des soins !

L’année 2020 aura donc vu tour à tour :

– l’aboutissement d’une vision inadaptée aux enjeux du métier avec un décret « emplois supérieurs » qu’on ne présente plus, mais que les collègues ressentent bien dans ses effets, leur retirant des perspectives et des espaces de carrière ;

– la valorisation d’un processus fastidieux et bureaucratique de supposée simplification via la construction des lignes directrice de gestion, notamment sur des procédures de mobilité, qui conduit à ne plus trouver d’espaces d’échanges entre les représentants des directeurs et l’Etat sur ces sujets ;

– l’absence de mobilisation de l’Etat sur les sujets centraux en ces temps troublés, que ce sont la santé des directeurs, l’amplification des risques psycho-sociaux et l’exposition aux situations difficiles toujours plus nombreuses ;

– l’incapacité de l’Etat à traiter dignement les plus jeunes, qui à ce jour ne savent toujours pas selon quelle modalité d’avancement leur carrière déjà pleine de soubresauts va se dérouler ;

– l’absence d’engagement de l’Etat à investir le thème de la formation si essentiel au renouveau des parcours et son entêtement à privilégier des voies additionnelles aux concours sans autre concertation que celle d’une mission Thiriez si caricaturale.

A l’inverse on a pu observer une débauche d’énergie des différentes composantes de l’Etat et jusqu’à nos parlementaires, pour imaginer tous les mécanismes confusionnels et complexifiant de la gouvernance de nos établissements, et ce faisant en attisant les contraires plutôt que de jouer l’harmonie.

L’année aura été rude en effet tant dans nos établissements que dans le traitement qui nous fut accordé !

Ce qui est encore plus éreintant, c’est cette écoute distante voire inexistante de la part de nos tutelles.

En cette fin d’année, à la fatigue accumulée d’une année consacrée à la gestion de crise, s’ajoute la frustration profonde de voir nos instances réduites à peau de chagrin, freinant ainsi toute possibilité de dialogue.

Nous ne sommes pas seulement les défenseurs de situations individuelles, nous sommes l’incarnation d’un corps qui ne cesse d’être affaibli sous l’effet tant de conditions d’exercice  en constante dégradation, que du mépris affiché par ses tutelles.

L’Etat est aussi bien trop elliptique en prenant des demi-décisions qui ne cessent de réduire la capacité des directeurs à agir :

  • Extension de la garantie de financement mais incertitude sur le résultat 2020,
  • Tentative de tenir l’échafaudage Ségur pour 2021 sans solder les erreurs considérables de la prime COVID et du CTI trop restrictif,
  • Judiciarisation du recours à l’intérim mais absence d’évolution de la rémunération de la permanence des soins,
  • Avenir incertain des schémas de crise territorial tant l’épuisement du secteur public hospitalier est malmené par la trop forte diversité des coopérations avec le secteur privé.

En ce sens, l’annonce par le Ministre des Solidarités et de la Santé à l’occasion de son entretien « les yeux dans les yeux » avec Lamine Gharbi le 9 décembre dernier, du lancement imminent d’une mission relative à la « préservation d’une collaboration pertinente entre le secteur public, le privé à but non lucratif et le privé lucratif », ne peut que nous interpeller. Le message du Ministre est désormais clair, laisse un goût amer et prend le risque de faire émerger de nouvelles rancœurs chez les directeurs alors que les décisions ne dépendent pas seulement d’eux comme chacun le sait…

Face aux palpitations de notre monde, la surdité n’est plus permise ni même admise. Mais après ? Le fossé se creuse et il ne suffira de 2021, année de transition s’il en est, pour le combler !

Dans ce contexte, qu’imaginer pour l’avenir de la promotion « quoi qu’il en coûte » qui s’apprête à prendre son premier poste dans quelques semaines ?

Face à l’incertitude, le SMPS gardera le cap pour que la reconnaissance hautement gagnée par les directeurs ne soit pas qu’un mythe.