Dérisoire calendrier métronomique des instances face à l’épuisement des directeurs dans un hôpital au bord de la crise de nerfs

Publié le : 7 décembre 2021
Profil : DH

Instance collégiale du 7 décembre 2021:

Déclaration liminaire du SMPS

Dérisoire calendrier métronomique des instances face à l’épuisement des directeurs dans un hôpital au bord de la crise de nerfs

La régularité des instances collégiales qui sélectionnent depuis un an les candidats aux emplois supérieurs de directeurs d’hôpital nous donne, malgré un ordre du jour famélique (2 emplois d’adjoints fonctionnels), une nouvelle occasion de partager avec les représentants de l’Etat le très mauvais moral des directeurs et la très petite santé de leurs établissements.

Dérisoire moment, pourtant nécessaire, dans un contexte délétère pour les établissements et les hospitaliers.

Les nouvelles ne sont pas bonnes : la 5ème vague et les plans blancs sont là mais les troupes sont décimées et les chefs de troupes sont là mais las, épuisés, déroutés, et désespérément seuls face à la tempête.

Soumis depuis toujours aux injonctions contradictoires des pouvoirs publics qui, tour à tour et encore récemment, les désignent comme les responsables du délitement de l’attractivité de l’hôpital sur les urgences par exemple, à l’invitation de groupes de représentation professionnelle non constructifs et fort de leur poids actif dans des débats majeurs comme la permanence de soins ou la loi Matras, ils tentent pourtant de rester fidèles au poste, même lorsque l’État hésite à affirmer la loi.

On ne peut pas, en cette fin de deuxième année de crise sanitaire, ne pas évoquer nos collègues d’Outre-mer, dont les messages poignants nous montrent la solitude du directeur et tous ceux qui essayent d’incarner l’autorité dans des terres hostiles. Ils ont notre soutien constant mais on voit peu les messages de l’Etat à leur endroit.

Mais ne nous y trompons pas, dans le monde d’avant avant, ces situations de violences envers les directeurs, de refus de l’autorité personnifiée dans celui-ci, le directeur d’hôpital, qui sans l’aide de personne essaye de satisfaire 100 métiers en même temps, de donner des gages de confiance à des élus locaux parfois moins responsabilisés sur les enjeux hospitaliers que ne pèse les établissements eux-mêmes dans leurs ressorts ou leurs circonscription, ces situations existaient déjà, dans la même indifférence.

Aujourd’hui Pointe-à-Pitre, hier Carhaix, Paul Guiraud, Saint-Girons, Châteauroux-Le Blanc…
La géographie des situations de crise varie, la souffrance des directeurs est la même : seuls, honnis, vilipendés ils restent encore un peu à leur tâche -mais pour combien de temps ? -, et attendent encore un peu le soutien infaillible de leur tutelle.

Aujourd’hui, faisant face à la vague RH, celle qui est forte mais vide de nouvelles recrues, ils cherchent encore de nouvelles solutions pour sauver l’hôpital public.
Pour paraphraser Racine, aucun jour ne se lève clair et serein pour eux :

  • Vont-ils demain fermer les urgences ou le SMUR pour faire face au manque de médecins ?
  • Vont-ils pouvoir honorer les factures en souffrance que leur trésorerie exsangue ne leur permet plus de payer ?
  • Vont-ils pouvoir travailler les nouveaux contrats de performance qui accompagnent les investissements du Ségur sans une nouvelle fois réveiller toutes les oppositions à de nouvelles coupes sombres à l’hôpital ;
  • Vont-ils pouvoir être crédibles dans la présentation de leurs EPRD quand toutes les règles ne sont pas connues et que le A de T2A a définitivement perdu son combat contre le recensement périodique des lettres de l’alphabet grec au fronton des variants du COVID ?

Si, une seule certitude : ils vont continuer, comme l’ensemble du secteur public hospitalier, à faire face, seuls, aux complexités de la crise, au renoncement à l’activité et vont donc constater malgré eux une moindre accessibilité du secteur public hospitalier, alors qu’il est le cœur de leur engagement.

Et c’est là encore une double peine pour les directeurs de voir partir de nombreux praticiens vers ce secteur privé lucratif qui prend ses aises face à la contrainte, et de devoir gérer la colère de ceux qui restent et qui les accusent d’impuissance managériale.

Les directeurs ne veulent plus assumer ces situations et demande que de nouveaux outils de régulation de la coopération territoriale soient mis en œuvre sans délai.

Le SMPS a très tôt dénoncé les fausses bonnes idées qui ont présidé par exemple à l’adoption de la loi Rist. Il n’est pas temps de pavoiser d’avoir eu raison quand on constate l’échec du dispositif de lutte contre l’intérim surtarifé, qui est une autre des gangrènes de notre système et qui ne fait que caractériser la désertion sur les métiers à forte pénibilité, que depuis longtemps le secteur privé a éludé en s’exemptant de la permanence des soins.

Le SMPS se réjouit que ce thème de travail soit à nouveau à l’agenda. Mais n’est-ce pas trop tard ?

Que n’a-t-on pas engagé dès cet été 2020 les vrais débats sur la responsabilité territoriale qui doit être le pendant de la responsabilité populationnelle que nos établissements assument déjà ?

Le Ségur de la santé, qui continue à se dérouler sur le plan statutaire, ne sera pas réussi si la donne n’est pas changée dans les territoires et si l’hôpital public n’est plus accusé d’hospitalocentrisme mais plutôt porté aux nues pour être le chef de file des patientocentristes avec l’agrégation de tous les acteurs au chevet de ce dernier.

Alors, oui, notre instance a un caractère bien dérisoire aujourd’hui, pour ce qu’elle est.
Elle a elle-même cette année était ballotée au gré des humeurs de l’Etat, bien décidé à détricoter là-aussi un édifice statutaire respectueux des parcours et des représentants des directeurs.

Nous serons appelés très bientôt à en faire le bilan et il ne sera pas bon. Les directeurs n’ont plus foi en leur propre statut car il ne leur apporte plus de garantie que leur engagement professionnel sera récompensé.

Le CNG et la DGOS ont ouvert de nombreux chantiers pour les semaines à venir :

  • Accompagnement des directeurs : il faudra qu’il soit fort et tangible
  • Santé ou travail : enfin des avancées sur la forme, mais au fond qui aide vraiment les directeurs à bien aller ?
  • Hypothèse de fusion des corps DH-D3S : où comment persévérer dans l’erreur que représenterait la dilution des métiers dans un océan statutaire inaccessible pour la plupart, alors que l’attractivité est en baisse aussi chez les DH
  • Emplois fonctionnels : encore un rendez-vous à 2 mois des échéances présidentielles, encore sans doute une réunion pour rien et peu de perspectives pour les plus hauts emplois et sans visibilité sur la réforme de l’Etat et ses interactions.
  • TA hors classe : va-t-on enfin là aussi soutenir les parcours et retrouver des marges de manœuvre pour les jeunes professionnels ? le SMPS continuera sa démarche active en ce sens.

N’en jetez plus, la hotte est pleine de doutes et parfois de larmes et de soupirs défaits.

Les directeurs comme les établissements attendent plus que jamais des signes de la part l’État, à leurs côtés, à la hauteur de l’engagement sans faille produit chaque jour et malheureusement encore mal distingué.

LE SMPS PORTE LA VISION DES DIRECTEURS ET DES CADRES HOSPITALIERS,
FIDÈLE AUX VALEURS D’UN SERVICE PUBLIC DE SANTÉ TOURNÉ VERS L’AVANT !