Sur le front du COVID, les manageurs de santé à la manœuvre alors que l’Etat est à la peine

Publié le : 28 janvier 2021

L’année 2020 a révélé aux yeux de nos gouvernants l’extrême résilience du service public dans la gestion de la crise sanitaire liée au COVID 19. Le système hospitalier a été mis sous tension. A plusieurs reprises au bord de la rupture, les manageurs de santé ont su trouver les ressources organisationnelles afin de soigner toutes celles et ceux qui le nécessitaient.

Cette année 2021 a débuté avec un nouveau défi pour les manageurs de santé. Réussir la vaccination des Français sans plan stratégique stabilisé ni adhésion des personnels et citoyens est une tâche ardue tant les déclarations et prises de positions contradictoires génèrent de la défiance.

Dans cette cacophonie, il était intéressant de trouver un acteur qui était à la fois en capacité de réussir ce challenge mais pouvait à l’occasion servir de bouc émissaire en cas d’échec.

Les manageurs de santé sont des femmes et des hommes engagés. Nonobstant les difficultés, ils ont su définir, planifier et organiser les flux logistiques permettant l’administration de ce vaccin aux conditions d’emploi contraignantes.

Les manageurs de santé administratifs, soignants et médicaux sont également des personnes qui réfléchissent et sont force de proposition. Ainsi, grâce à leur compétence et savoir-faire, ils ont proposé l’emploi de la sixième dose du vaccin Pfizer permettant une augmentation substantielle de personnes vaccinées.

En lien direct avec le terrain, les manageurs publics de santé ont permis un démarrage de la vaccination des personnels hospitaliers et des résidents d’EHPAD dès les premiers jours de janvier. A la lenteur des prises de décision, nous avons répondu par une mise en œuvre rapide, coordonnée et efficiente.

A la lumière de cette première étape, bon nombre de CPTS (Communautés professionnelles territoriales de santé) se sont rapprochées de nos organisations afin de bénéficier de notre expérience et de notre capacité à gérer des flux logistiques complexes. Ces organisations ville-hôpital ont permis une montée en charge plus rapide, plus sûre, garantissant ainsi une meilleure gestion des doses en adéquation avec les demandes et les besoins répertoriés.

A l’inverse, combien de centres de vaccination ont dû fermer par défaut d’organisation, manque de vaccin et difficultés de gestion des prises de rendez-vous. Et combien de doses non utilisées par ces centres ont pu être récupérées et administrées par nos organisations qui avaient anticipé cet écueil. Ce sont autant de vies sauvées grâce à la réactivité du service public.

Les visioconférences lunaires s’enchainent pour nous expliquer comment organiser des prises de rendez-vous et des centres d’appels téléphoniques là où nos organisations de terrain fonctionnent déjà. Pourtant la confiance aux territoires n’était-elle pas de mise après le discours de politique générale du Premier Ministre ? Il est déjà bien loin.

Enfin cela serait encore simple s’il ne fallait pas gérer les atermoiements de livraisons entre EHPAD du « flux A » et EHPAD du « flux B » avec des difficultés de communications que les manageurs de santé doivent palier entre les délégations départementales, les sièges des ARS et Santé Publique France. Et lorsque le Préfet s’invite à ce bal des administrations pour ajouter des consignes qui se contredisent, la complexité de nos exercices en devient insupportable alors que nous demandons juste à faire notre métier.

Nous sommes très loin de la caricature bureaucratique. Les manageurs de santé sont des personnes responsables, pragmatiques et efficientes.

Seul l’Etat n’en semble pas convaincu, freinant une responsabilisation accrue des territoires. Encore une fois nous retombons dans les travers d’une administration centralisée kafkaïenne, là où les difficultés précédentes sur les masques ou la prime COVID auraient dû permettre de tirer des leçons de pragmatisme pour l’organisation de cette campagne de vaccination.
Faisons donc enfin confiance aux professionnels de santé et aux élus de terrain.

La gestion de crise sur le terrain ne s’improvise pas, c’est une question trop sérieuse.

Si la santé publique ne peut reposer uniquement sur les professionnels hospitaliers, ses manageurs de santé en constituent pour autant un socle incontournable et qui doit être reconnu à sa juste valeur.