LES LEÇONS DE LA CRISE

Publié le : 14 octobre 2020
Profil : Retraités

Notre pays traverse une crise sans précédent. Sanitaire d’abord, économique et sociale ensuite. Jamais la France n’avait connu un tel évènement. Saurons-nous prendre le temps de la réflexion pour en tirer, au plan sanitaire et social, les enseignements nécessaires pour un futur qui reste à construire bien au-delà des prises de position à vif, des discours sur une gouvernance inadaptée, des vieux démons corporatistes? Saurons-nous penser, construire, faire vivre le monde d’après, meilleur pour les patients, les professionnels, la Santé Publique ? Quand s’ouvre le « Ségur de la Santé » la question mérite d’être posée.

Mais comment évoquer cette crise sans au préalable rendre hommage aux soignants. Eux qui, tous métiers confondus et tous secteurs entendus, ont su, comme toujours, faire face à cette pandémie redoutable. A l’hôpital comme en ville, dans les EHPAD et les établissements médicosociaux, en secteurs public et privé, dans les établissements de première et de deuxième ligne, au contact direct des malades ou plus en retrait, les soignants ont fait preuve d’engagement, de courage, de disponibilité. Ils ont payé un lourd tribu. Nous leur sommes redevables !

« Ils ont des droits sur nous ». Empruntant cet engagement politique à Georges Clemenceau sans le nommer, le 16 mars dernier, lors d’une intervention télévisée empreinte d’un ton grave, le Président de la République, en prononçant 6 fois le mot guerre, inscrivait la période incertaine qui s’ouvrait dans l’Épopée Nationale. Le Tigre prononça ces mots lors de son discours au Sénat le 20 novembre 1917, appelant les Français à soutenir sans réserve « ces Français que [nous] fûmes contraints de jeter dans la bataille… ». Cofondateur en Décembre 1918 de l’Union Nationale des Combattants il tint parole. «Ils ont des droits sur nous » est le fondement de ce qui constitue le « Droit à réparation » des Anciens Combattants et la reconnaissance de la Nation envers eux associés au devoir de mémoire.

Rendre hommage aux soignants le 14 juillet, réanimer en leur faveur une médaille oubliée depuis 1884 (sur quel critère ?), leur attribuer une prime exceptionnelle (mais différenciée) participe certes du même esprit de reconnaissance. Mais les soignants attendent autre chose ! Malmenés depuis des décennies, ils souhaitent retrouver les moyens d’assurer, au quotidien, un service de qualité au bénéfice de leurs patients et de leurs résidents. Ils attendent un salaire à la hauteur des exigences humaines, techniques et fonctionnelle de leur travail, de leurs formations, de leurs contraintes d’exercice. Accordons-leur la reconnaissance pérenne de leur engagement pour faire perdurer le Service public préféré de leurs concitoyens.

Ce Service public a fait preuve durant cette crise de réactivité, d’adaptabilité, de disponibilité. Les frontières traditionnelles, public/privé, ville/hôpital, se sont ouvertes. Des modes de prise en charge nouvelles ont vu le jour : transferts massifs de malades lourds vers des établissements moins impactés ; déploiement d’un hôpital de campagne en ville ; mobilisation du Service de Santé des Armées. Sachons tirer parti de cette intense créativité pour redéfinir un Système Sanitaire et Social dont les contours ne doivent plus être dessinés à l’aune financière mais en fonction du service à rendre à la population au sein d’un territoire.

Jamais crise sanitaire n’avait connu une telle couverture médiatique. Le Net, les réseaux sociaux se sont surajoutés à l’audiovisuel traditionnel. La parole des experts a envahi l’espace médiatique alors même que la connaissance des risques se faisait pas à pas en luttant contre un ennemi dont on savait si peu de choses six mois auparavant. La parole publique a évolué au gré de ces questionnements. Des décisions ont été annoncées de manière abrupte tel le confinement des EHPAD. La confiance envers les dirigeants a été ébranlée. Retenons dans ce flux ininterrompu de vraies informations et de fausses certitudes, de vision à court terme, de peur des uns et de désinvolture des autres, les images et les mots des équipes soignantes au front, celles de première ligne rapidement, celles de deuxième et de troisième lignes avec retard.

Devrions-nous ne retenir qu’une chose de cette crise ? Elle a été surmontée grâce à l’intelligence collaboratrice des équipes soignantes au sein desquelles chacun a apporté sa contribution à son poste habituel ou ailleurs, quand il fallait agir dans un hôpital réarmé différemment.

L’humain a retrouvé sens à l’hôpital. Les soignants, les hospitaliers, les cadres sont sortis grandis de ce combat. Nous attendons de nos dirigeants qu’ils ne l’oublient pas.

 

Jean-Rémi BITAUD, Délégué aux Retraité(e)s

jrbitaud@orange.fr