Jérémie SECHER : « L’hôpital du « monde d’après » doit se définir maintenant »

Publié le : 4 mai 2020

 A chaque crise que le monde sanitaire connait l’histoire se répète. Tous les acteurs ou penseurs de la santé constatent, diagnostiquent, prédisent. La crise du Coronavirus n’aura pas fait exception, l’encre aura beaucoup coulé et les leçons devront être tirées. Deux membres éminents du SMPS ont d’ailleurs signé récemment une tribune dans le quotidien  « Le Monde » qui contribue à alimenter les réflexions et le débat. Mais l’épidémie que le système de santé est en train d’absorber ne change rien aux fondamentaux. L’heure est désormais à l’action.

La crise actuelle a démontré une chose, maintes fois mise en avant : l’échelon de proximité est réactif, fiable et efficace. Il est temps d’en tirer les conséquences et de laisser place à l’autonomie et à la liberté d’action. Ceci impose de revoir en profondeur la grille de lecture qui a conduit à une hyper-réglementation du système, préférant l’autorité à la confiance.

Le monde sanitaire de demain devra se fonder sur un modèle à mi-chemin entre le tout-public et le tout-privé, permettant de s’appuyer sur des missions de service public reconnues et valorisées dans un cadre réglementaire et d’action souple. Les financements devront bien entendu être adaptés pour garantir l’exercice de ces missions à tous les acteurs de santé qui les réalisent. La gouvernance devra également évoluer et trouver enfin un équilibre dans la prise de décision, afin qu’elle ne soit ni celle d’un ou d’une seul(e), ni celle d’une corporation mais bien la traduction d’une volonté collective.
Enfin, l’échelon politique doit être revu. La crise du Coronavirus le démontre tous les jours : seules la décision et l’action de proximité ont permis une réaction en adéquation avec le besoin. Pourquoi en serait-il différent en dehors des périodes de tension ? Le niveau régional doit être doté des moyens d’organisation d’un système de santé cohérent sur son territoire, à commencer par les financements. Il s’agit également d’assurer l’articulation de l’ensemble des services d’Etat ou de la Région qui œuvrent pour la santé et de permettre qu’ils agissent en cohérence.
Le temps de l’action est donc venu. Il ne s’agit plus de transformation mais de révolution. Profitons des prochaines échéances parlementaires pour en tracer les lignes directrices. A l’occasion de la préparation de la loi 3D, il serait ainsi intéressant que le législateur permettre à des établissements de santé publics de faire le choix d’un statut beaucoup plus souple. Pour ce faire, tous les représentants du monde sanitaire, quelques soient leur obédience, devront se positionner rapidement et faire front commun, sans quoi les fractures et le morcellement du système risquent d’être plus vifs et plus douloureux encore.
Jérémie SECHER, président du SMPS