EHPAD : Faut-il pleurer, faut-il en rire ?

Publié le : 1 juin 2018
Profil : D3S

Pour le comité de sélection des directeurs et directrices d’établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux du 1° juin 2018, le SMPS est revenu sur les annonces de la Ministre des Solidarités et de la Santé concernant les EHPAD.
Une fois de plus, la montagne accouche d’une souris : les annonces ne répondent pas aux attentes du secteur en souffrance, voire en danger. Certes, la Ministre a annoncé une feuille de route pour les 4 ou 5 années à venir, mais cette dernière ressemble plus à une opération de communication qu’à une réponse concrète à nos problèmes de fonctionnement. Nos attentes étaient fortes suite à la parution du rapport Fiat-Iborra, rapport dont on ne retrouve guère trace dans la feuille de route. Ce rapport que nous avons soutenu et qui intégrait des réponses concrètes est-il passé aux oubliettes ?
En rapportant les mesures annoncées ramenées aux 7 573 EHPAD, cela représente environ 20 000 euros par établissement, soit même pas un poste de soignant.
En face du peu de moyens donnés, les charges vont encore augmenter pour nos établissements. Ainsi, la prise en charge des rémunérations des médecins généralistes et des intervenants médicaux sera du ressort des EHPAD, ce qui représente, pour un établissement de 100 lits, 40 à 50 000 euros par an (à rapprocher des 20 000 euros alloués en moyenne par établissement). La mise en place d’une astreinte infirmière de nuit partagée, certes utile, ne répond toutefois pas aux besoins réels des établissements. En effet, si cette astreinte peut réduire certaines hospitalisations via les urgences, elle ne permettra pas une meilleure prise en charge des résidents pendant la journée. En outre, les établissements, qui peinent déjà à recruter des infirmières le jour, auront encore plus de mal à recruter ces infirmières la nuit.
Une fois encore, le management est désigné coupable, puisqu’il semblerait que tous les manageurs, cadres et directeurs, aient besoin de se former au management, selon les propositions de la commission Qualité de vie au travail.
La réflexion sur le référentiel métier des aides-soignants ne doit quant à elle pas occulter la réflexion nécessaire et urgente concernant les ratios d’encadrement dans les établissements, qui semble pourtant avoir été oubliée dans la feuille de route. Si le SMPS n’est pas favorable à un ratio identique pour tous les établissements, il plaide pour un ratio plancher, qui permette aux établissements de fonctionner a minima et de négocier l’encadrement nécessaire et suffisant pour faire fonctionner l’établissement dans le cadre du CPOM : un EHPAD de 120 résidents répartis dans 3 étages n’a pas besoin du même ratio d’encadrement qu’un EHPAD de 120 résidents répartis dans 3 pavillons. Certaines dispositions vont en outre alourdir la charge de travail des soignants sans que des mesures d’augmentation des effectifs dans les établissements aient été annoncées.
Enfin, la proposition permettant à une personne âgée sortant de l’hôpital et ne pouvant pas retourner immédiatement à domicile et bénéficiant d’un accueil temporaire au tarif payé à l’hôpital devra être systématiquement accompagnée d’un complément financier pour les établissements. En effet, si ce résident ne paie que le forfait hospitalier, il y aura un important manque à gagner et une fragilisation supplémentaire des finances des établissements, déjà mises à mal.
Nous avions de forts espoirs d’un abandon de la réforme de la tarification. Le SMPS regrette que, malgré quelques ajustements, le ministère persiste et signe.