Au cours d’un entretien avec le média APM NEWS, la Fédération Hospitalière de France (FHF) a mis en lumière des écarts significatifs de financement entre les EHPAD selon les départements, soulevant des enjeux majeurs en matière d’équité territoriale et de soutenabilité du modèle. Ces constats interviennent dans un contexte de réflexion nationale sur l’évolution de la gouvernance des politiques de l’autonomie et les perspectives de décentralisation annoncées par le Premier Ministre à l’automne dernier.
Le financement de la dépendance en EHPAD repose notamment sur la valeur du point GIR (Groupe Iso-Ressources), fixée annuellement par chaque département et utilisée pour calculer le forfait dépendance versé aux établissements. Les données publiées par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) révèlent, pour l’année 2025, des écarts particulièrement marqués : la valeur du point varie de 6,90 € à 11,80 €, soit un écart de 37 % en métropole entre la valeur la plus basse et la valeur la plus haute et de 71 % en incluant les départements d’Outre-Mer. La valeur moyenne s’établit à 7,73 €, pour une médiane de 7,63 €.
Ces disparités s’inscrivent dans un contexte de progression globalement limitée des financements. Depuis 2018, les valeurs moyennes et médianes du point GIR ont augmenté de moins de 9 %, soit à un rythme inférieur à l’inflation récente, estimée à plus de 5 % en 2022 et près de 5 % en 2023. Cette évolution insuffisante contribue aux tensions financières rencontrées par les établissements, confrontés simultanément à l’augmentation de leurs charges, notamment salariales (revalorisations issues du Ségur de la Santé, Glissement Vieillissement Technicité).
L’analyse met également en évidence des dynamiques territoriales contrastées. Depuis 2021, une dizaine de départements ont maintenu une valeur de point GIR inchangée, traduisant un gel des financements, à l’instar de la Creuse, des Deux-Sèvres et de la Gironde, tandis qu’une quinzaine d’autres ont procédé à des revalorisations comprises entre +10 % et +18 %. Ces écarts contribuent à des différences significatives de moyens entre établissements, avec des conséquences directes sur les capacités d’accompagnement des résidents.
Pour la FHF, ces constats interrogent l’efficacité des réformes engagées depuis 2016 pour harmoniser les financements entre les territoires. La fédération souligne que les inégalités territoriales persistent et appelle à une évolution structurelle du modèle. Elle préconise notamment la généralisation de la fusion des sections soins et dépendance dès 2027, actuellement expérimentée dans 23 départements en 2025, avec l’instauration d’un point GIR national de référence fixé à 7,84 € et un mécanisme de convergence progressive des financements.
Au-delà des aspects techniques, ces enjeux soulèvent des questions stratégiques pour l’avenir du secteur. Dans un contexte de mur démographique et d’augmentation des besoins, la capacité à garantir un niveau équitable de financement sur l’ensemble du territoire apparaît comme une condition essentielle de l’égalité d’accès aux accompagnements. Pour les directeurs et cadres du secteur médico-social, ces évolutions appellent à une vigilance particulière quant aux dynamiques territoriales de financement, qui constituent un déterminant majeur des moyens disponibles, de l’organisation des équipes et, in fine, de la qualité de l’accompagnement proposé aux personnes accueillies.
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