En chiffres depuis le 4 novembre 2024
135 sollicitations de femmes
291 rendez-vous au total
77 % des rendez-vous sont honorés
Juin a été le mois le plus riche : 53 rendez-vous



Une réponse à un besoin territorial
La création de la Maison de santé des Femmes répond à une demande formulée par la Préfecture de l’Oise et l’Agence Régionale de Santé des Hauts de France, dans un territoire qui ne disposait jusque-là d’aucun dispositif sanitaire dédié aux femmes victimes de violences. Si la ville de Creil pouvait déjà compter sur Carrefour de femmes, un espace dédié à l’émancipation des femmes, notamment dans les quartiers populaires, aucun accompagnement spécifique sanitaire hors PMI pour les victimes de violences n’y existait encore.
Le GHPSO s’est alors engagé à porter ce projet ambitieux : faire de la Maison de Santé des femmes un guichet unique pour toutes celles confrontées à des violences ou à des situations de grandes vulnérabilités.
Un accueil sans condition, au rythme des femmes
Composée d’une équipe pluridisciplinaire, la Maison des femmes accueille les femmes du lundi au vendredi, de 9h à 17h. « Les demandes arrivent majoritairement par téléphone ou par mail, mais certaines femmes se présentent aussi spontanément. Dans ce cas, un visiophone permet de sécuriser l’entrée », précise Priscilla GODEFROY, secrétaire du service et vraie porte d’entrée de la prise en charge des femmes.
Les orientations peuvent également provenir de partenaires du territoire, du 39 19 (Violences Femmes Info), des services maternité et gynécologie, des urgences, ou encore de professionnels de santé des différents services (Permanence d’Accès aux Soins de Santé (PASS), Unité Médico-Judiciaire (UMJ), etc.).
Une prise en charge souple, globale et humaine
Assuré d’exister pour trois ans, le dispositif ne poursuit pas d’objectifs quantitatifs, mais s’efforce de répondre à toutes les demandes hebdomadaires. Depuis son ouverture, plus de 130 contacts ont été enregistrés. Le service peut accueillir jusqu’à 12 femmes par jour lorsque deux professionnelles sont présentes simultanément. Le projet de service se finalise à chaque nouveau cas spécifique qui se présente.
Le dispositif s’adresse en priorité aux femmes victimes de violences, mais accueille aussi celles vivant dans une grande précarité (migrations, isolement, pauvreté). « C’est un service médical, mais surtout médico-social », insiste la responsable sociale du dispositif, Marnia HAMDI. Outre les consultations gynécologiques ou liées à l’IVG, un accompagnement social global est proposé.
Des produits d’hygiène (serviettes hygiéniques, préservatifs) sont fournis gratuitement. Des permanences juridiques ont lieu plusieurs fois par mois, en partenariat avec France Victimes 60, pour des dépôts de plainte, et le Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) pour un accompagnement juridique classique. Pour les femmes non francophones, un service d’interprétariat est également prévu. Les formulaires d’orientation précisent les modalités de contact sécurisées selon chaque situation, notamment à quels horaires les femmes peuvent être rappelées pour ne pas être mises en danger.
Exemple de souplesse dans l’accompagnement des victimes, grâce à un partenariat avec La Banque Postale, un compte bancaire peut être ouvert en 48 heures, permettant aux femmes de bénéficier de l’allocation pour victimes de violences (minimum 240 €, modulable selon les enfants à charge et les ressources).
Un espace pensé pour le respect et l’intimité
La Maison de Santé des Femmes sur Creil dispose de deux salons d’accueil (l’un pour l’arrivée, l’autre pour l’attente avant départ), d’une salle de consultation gynécologique, d’un espace de prélèvement, d’un secrétariat, ainsi que d’un bureau dédié aux entretiens psychologiques. Les professionnelles constatent que certaines femmes se sentent bien dans cet espace et profitent du temps qu’elles y passent.
La psychologue, Cindy HAMON, insiste sur l’importance de l’écoute : « Les entretiens durent en moyenne 45 minutes à une heure, et portent beaucoup sur l’estime de soi. » Quand cela est possible, le premier entretien est mené à deux professionnelles de métiers différents afin de croiser les regards professionnels et éviter à la femme qui se présente de raconter deux fois son parcours difficile en peu de temps. Des groupes de parole, animés par la psychologue et un juriste, seront mis en place à partir de septembre, à raison d’une séance hebdomadaire.
Puis, sur le même rythme, un groupe autour de l’estime de soi sera également proposé à compter de février prochain, le but étant de proposer un espace de prise en charge en groupe pour toutes les femmes, même celles présentant une compréhension de la langue française fragile (mais qui, de facto, ne peuvent participer au groupe de parole).
Des parcours de soin autour de l’orthogénie et des mutilations sexuelles
La Maison des femmes est aussi un point de référence pour les interruptions volontaires de grossesse (IVG) du site de Creil (antenne du dispositif du site de Senlis), y compris pour les mineures, jusqu’à 9 semaines. Le premier rendez-vous, effectué dans les locaux avec la sage-femme et/ou la gynécologue, permet la prescription des médicaments nécessaires à l’IVG à domicile. Pauline POUILLE, sage-femme, précise : « Toute la file active des IVG passe par la Maison des femmes, ce qui permet de préserver un cadre distinct de celui des consultations ou de la maternité où se trouvent les femmes enceintes. »
Un troisième axe fort du dispositif concerne l’accueil et l’accompagnement des femmes victimes de mutilations sexuelles. Bien que le GHPSO ne soit pas habilité à pratiquer la chirurgie reconstructrice, un partenariat est en cours de développement avec le CHU d’Amiens pour y favoriser les adressages plutôt qu’aux CH de Pontoise et de Gonesse, situés en dehors des Hauts-de-France. La Maison de santé des Femmes joue un rôle clé de repérage et de soutien psychologique. Certaines femmes étrangères peuvent également s’appuyer sur un certificat médical de mutilation pour appuyer une demande d’asile. « Cela fonctionne dans la majorité des cas, et nous sommes fortement sollicités par les CADA (Centres d’Accueil pour Demandeurs d’Asile) », note la responsable sociale.
Une équipe engagée, volontaire et connectée au territoire
Sur le plan organisationnel, Kévin Lamothe insiste : « Nous avons fait le choix de ne pas affecter d’agents à 100 % à la Maison des femmes, afin que les professionnelles conservent une diversité de missions, sans être exclusivement sur des problématiques de violence. » Toutes les intervenantes ont choisi de s’engager dans le dispositif, y compris celles recrutées en externe. Une gynécologue est présente chaque vendredi.
La Maison des femmes ambitionne de devenir un acteur pérenne de la lutte contre les violences faites aux femmes dans l’Oise. À l’occasion de son premier anniversaire, une journée thématique aura lieu le 4 novembre 2025 sur le thème, notamment, des cyberviolences.

