La formation initiale des infirmiers connaît aujourd’hui une situation paradoxale et préoccupante, au moment même où la profession est appelée à jouer un rôle central dans l’évolution du système de santé.
Une réforme attendue, mais suspendue
La réingénierie de la formation infirmière, attendue depuis des années pour une mise en œuvre à la rentrée universitaire de septembre 2026, a reçu un avis favorable du Haut Conseil des professions paramédicales (HCPP) et du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER). A ce jour, les décrets d’application sont toujours en attente de publication.
Un cadre professionnel clarifié, mais incomplet
La parution du décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d’infirmier en application de la loi sur la profession d’infirmier adoptée en juin dernier traduit un ensemble d’avancées et d’exigences en cohérence avec l’évolution des pratiques des professionnels de santé et les besoins de santé de la population. Ce texte structure le champ de l’exercice infirmier et clarifie les missions fondées sur :
- le raisonnement et l’expertise clinique infirmière,
- la prévention et l’éducation à la santé,
- le suivi des patients,
- la coordination des parcours de soins.
Toutefois, la pleine effectivité de ces avancées demeure conditionnée à la publication rapide des arrêtés d’application, notamment :
- l’arrêté relatif à la liste des actes et soins relevant du rôle propre infirmier,
- l’arrêté relatif à la prescription infirmière.
Sans ces textes, la réforme ne pourra pas être opérationnelle pour la rentrée 2026.
Un désengagement financier aux conséquences immédiates
A la complexité déjà identifiée de la mise en œuvre de la réforme de la formation infirmière, s’ajoute l’annonce d’une baisse brutale de la capacité des promotions.
Dans le prolongement de la crise sanitaire, l’État avait impulsé une hausse des capacités d’accueil en IFSI, dont le financement exceptionnel a été porté par les Régions jusqu’en 2025. À l’échéance de cette période de transition, le relais de financement attendu de la part de l’État n’a pas pu être concrétisé dans le budget 2026. Certaines collectivités territoriales ont immédiatement annoncé ne pas pouvoir maintenir leur effort financier, conduisant mécaniquement à un ajustement à la baisse des quotas d’étudiants.
Cette décision est intervenue dans un contexte de pénurie persistante de professionnels infirmiers, alors même que les besoins de santé augmentent. Elle a été notifiée aux directeurs d’instituts sans concertation préalable, alors qu’ils sont en première ligne pour en assurer la mise en œuvre, aux côtés des équipes pédagogiques, comme ils le sont déjà pour la mise en œuvre de la réingénierie de la formation.
Face aux préoccupations exprimées par les régions, et face au tollé qu’a provoqué le désengagement annoncé de l’État chez les acteurs de la formation, le Conseil national d’évaluation des normes (CNEN) a donné, début janvier, des garanties aux régions par une compensation de l’état au niveau financier.
Le SMPS veillera à ce que cette annonce soit effectivement suivie des faits afin que les quotas en Institut de formation en soins infirmiers puissent être maintenus.
Une contradiction des politiques publiques
Alors que l’État affirme vouloir renforcer l’attractivité des métiers du soin, améliorer la qualité des formations et répondre aux besoins de santé de la population, les incertitudes quant aux décisions budgétaires récentes fragilisent les fondations mêmes de la formation infirmière.
Former des infirmiers ne peut être une variable d’ajustement budgétaire.
Des impacts directs sur les équipes de formation
Les effectifs de formateurs en IFSI étant directement corrélés au nombre d’étudiants, selon un ratio usuel d’un formateur pour 25 étudiants, la baisse des quotas entraîne mécaniquement :
- la suppression de postes de formateurs,
- la réintégration contrainte de cadres de santé formateurs dans les services de soins,
- une perte de compétences pédagogiques indispensables à la qualité des formations.
Le rôle central des directeurs des soins
Le SMPS réaffirme le rôle stratégique des directeurs des soins dans le pilotage des formations en santé.
Le directeur des soins, en co-pilotage avec l’université, porte la vision stratégique et la conduite de la politique institutionnelle de formation initiale et continue, en lien avec la politique générale des établissements de santé, des universités de rattachement et des tutelles. Cette reconnaissance dans la co-gouvernance est indispensable. Il ne peut en être autrement.
Face à cette situation, le SMPS appelle
- à un engagement financier clair, pérenne et assumé de l’État pour la formation infirmière ;
- au maintien des capacités de formation en IFSI ;
- à la sécurisation des emplois des formateurs ;
- à la publication rapide des arrêtés d’application du décret du 24 décembre 2025 ;
- à une concertation nationale associant l’État, les collectivités, les instituts de formation, les universités et les représentants des professionnels.
Le SMPS se tiendra pleinement aux côtés des directeurs des soins et des acteurs de la formation pour garantir une réforme ambitieuse, cohérente et réellement opérationnelle au service des professionnels et des patients.
Les élus DS et la délégation nationale du SMPS restent à votre disposition pour toute question relative à votre projet de mobilité.
liste des secretaires nationaux
calard
corre
peoch
mouchon
